10 tigres dans 1 camion

Pendant plus d’un an, nous avons enquêté sur les tigres détenus par le dresseur de cirque Mario Masson.

10 tigres dans un camion

Pendant plus d’un an, nous avons enquêté sur les tigres détenus par le dresseur de cirque Mario Masson.

Des animaux protégés, en danger d’extinction, ici réduits en esclavage

Ils sont neuf dix, ils s’appellent Tara, Junior, Sumak, Ima, Houna, Hister, Rañi, Ashley, Bégum et Douglas et un autre dont le nom nous est inconnu et vivent enfermés toute l’année dans un camion-cage garé dans la cour d’une usine désaffectée de Picardie. Les rares fois où ils en sortent, c’est pour être soumis et subir une vie de stress, sous la menace du fouet.

Article du 30/01/2020

Depuis plus d’un an, nos enquêteurs surveillent les tigres de Mario Masson. Barricadé au cœur d’un village, derrière une épaisse protection de ronces entremêlées autour de grands murs en briques le long d’une route nationale, le dresseur protège des regards son outil de travail. Derrière des voitures d’occasion mises en vente, les neuf tigres qui lui servent de gagne-pain se morfondent, enfermés dans un camion-cage, qu’il pleuve, vente ou que le thermomètre affiche quarante degrés. Sultan, Begel, Junior, Hashley, Tara, Ima, Houna, Hister et un autre dont nous ignorons le nom, n’en sortent qu’exceptionnellement, pour se soumettre et subir une vie de stress, sous la menace du fouet.

Maltraités dès la naissance

Au Parc Saint Paul, Mario Masson montre ses tigres dressés, puis propose aux spectateurs de se faire photographier un bébé tigre dans les bras, moyennant subsides en espèces. Le spectacle est assorti d’un discours qui n’est que propagande contre les défenseurs des animaux sauvages exploités par les cirques.

Tous ces tigres sont nés en captivité, et ont été arrachés à leur mère dès le plus jeune âge. Ils sont l’objet d’expériences génétiques sauvages pour obtenir des individus consanguins, à la robe blanche ou orange à bandes ocre, aux déformations et maladies génétiques notoires. Outre le potentiel trafic sous-jacent de lionceaux et tigreaux qui permettrait d’avoir toute la saison d’ouverture du parc des petits à disposition, leur manipulation par des humains est une maltraitance. Nous avions dénoncé publiquement ces agissements – courants dans ce milieu – et attaqué le parc, ainsi que plus récemment l’arrêté ministériel sur la faune captive, facilitant les élevages non encadrés.

Enfermés toute l’année…

Mais pour les neuf tigres adultes produits cet été en public six fois en quatre jours, dans un festival de cirque, le quotidien n’est guère plus rose. Nous dévoilons aujourd’hui au grand jour la réalité de leur quotidien : ils sont enfermés toute l’année, sauf en de rares occasions (spectacles, clips ou photos dans des magazines)…

Les quartiers d’hiver n’en ont que le nom, puisque nos enquêteurs les ont vus sur place à chaque fois qu’ils s’y sont rendus. Tant l’été sous les températures caniculaires de cette région picarde si changeante, qu’à l’automne et en hiver où les cages sont battues par le vent et la pluie glaciale de ces humides et froides saisons. Ils ont été photographiés et filmés enfermés dans les compartiments-cages de ce qui n’est ni plus ni moins qu’une remorque de poids lourd, jusqu’à six jours d’affilée. Et ces six jours ne correspondent pas à une période entre deux sorties, mais au temps maximum d’enregistrement que nous avons obtenu, au prix de grands risques…

Des animaux protégés, en danger d’extinction, ici réduits en esclavage

Aucun enrichissement n’est offert aux tigres pour rompre la monotonie des heures qui passent. La réglementation (minimale) exige qu’ils puissent se dégourdir les pattes quotidiennement dans un parc d’ébat, de la taille approximative d’une piste de cirque et qu’ils aient accès à une piscine. Absents, une fois encore. Tout au plus changent-ils de compartiment quand leur litière est nettoyée.

Femelle ou mâle, en liberté chacun régnerait sur un territoire de plusieurs milliers d’hectares, dans la jungle tropicale… Ici, seul Sultan bénéficie d’une cage individuelle (mais sans toiture !). Les autres sont entassés quatre par quatre. Eux qui aspirent à l’indépendance plus que tout, sont plus stressés que jamais, asservis et forcés à cohabiter avec leurs congénères, sous les yeux de leurs geôliers. Le soir, elles et ils doivent se battre pour obtenir leur pitance. L’eau, vitale, ne leur est distribuée qu’avec parcimonie. Puis, les parois latérales du camion se ferment sur leur malheur. Le camion devient boîte obscure…

Pour ces raisons, en plus de mettre à disposition du public les images révoltantes de ces neuf bagnards enfermés jour et nuit, nous portons plainte pour mauvais traitements, qui plus est commis par un professionnel (ce qui est un délit), placement ou maintien d’un animal sauvage captif dans un habitat, environnement ou installation pouvant être cause de souffrance, et exploitation irrégulière d’établissement détenant des animaux. Nous proposons de les prendre en charge et de les placer dans l’un des sanctuaires dont nous sommes partenaires.

« Interview » du dresseur des dix tigres dans le camion !

Nos enquêteurs ont réussi à obtenir les confidences de Mario Masson, le dresseur des tigres maintenus à l’année dans les cages d’un camion. Ses propos sont édifiants, autant par rapport à ce qu’il confie lors de l’ « interview » qu’à la manière dont la réalité est tronquée. Comparés aux éléments dont nous disposons, ils permettent une belle mise en perspective…

En fait de neuf tigres, il y en a en réalité dix.

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20 ANS DE COMBATS POUR DES #CIRQUESSANSANIMAUX

20 ans de combat pour libérer les animaux

C’était hier… En 1999, One Voice lançait un combat très novateur à l’époque avec sa campagne « Des cirques oui, mais sans animaux ». Une cause pourtant évidente, pour qui souhaite secourir les animaux, faire barrage à leur exploitation. « Respecter la vie » aurait dit Théodore Monod, parrain de l’association.

Au passage des années 2000, constatant la misère physiologique d’un hippopotame, One Voice sera la première association française à déposer plainte contre un cirque, celui de Paris. Près de 20 ans plus tard, One Voice se bat pour Jumbo, l’hippopotame trimballé par le cirque Muller sans même participer aux représentations. Rien n’a changé entre temps, donc ? Si, beaucoup de choses ont changé…

Devant la détermination de One Voice, le regard des gens a évolué. À force d’enquêtes suivies, d’expertises scientifiques, d’actions en justice dès que nécessaire, à force d’alertes aux autorités, de soutiens aux mairies, d’informations auprès du public, de manifestations médiatiques, de libérations spectaculaires, en France comme à l’étranger, l’avenir des cirques exploitant les animaux se rétrécit, les consciences évoluent et la loi suivra, un jour.

Avec Vicky, en 2006, nous avons été les premiers à libérer une éléphante d’un cirque en France. Puis vint le lion Djunka, rendu à l’Afrique en 2007… D’autres ont suivi, d’autres connaîtront demain la liberté et non les cages! Alors nous ne lâcherons rien, car ces animaux sauvages à la dignité bafouée, qu’ils soient nés ou non en captivité, restent dressés avec brutalité, sont maintenus dans la souffrance par leurs conditions de détention, par la fureur des spectacles, la dureté de l’itinérance.

Pour eux, nous ne cesserons notre combat que quand tous les cirques seront sans animaux. Soutenez-le, rejoignez-le, amplifiez-le ! C’est une des clés pour que notre planète retrouve éthique et humanité !